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  • Interview du Président de la CNL – Eddy JACQUEMART

    Droit au logement : « L’extrême droite transforme un combat social en combat identitaire », alerte Eddie Jacquemart, président de la CNL

    Le président de la CNL était intervenu dans L’Humanité du 8 mars dernier où il est revenu sur la crise historique que nous traversons. Extraits.

    Après dix ans de politiques libérales, dix ans de Macronie, on se retrouve face à une crise historique, à laquelle les gouvernements successifs répondent par des mesurettes qui ne sont pas du tout à la hauteur.


    Vous établissez un lien direct entre ces politiques et la progression de l’extrême droite…
    Oui, parce que la crise du logement nourrit un sentiment d’abandon très profond. Quand une grande partie du salaire est dévolue au paiement du loyer, cela crée de la colère sociale. Cet argent ne va plus dans l’économie réelle et les frustrations s’accumulent. Dans ce contexte, certains discours politiques prospèrent en récupérant cette colère.

    Pour vous, cette gestion de la crise repose aussi sur une vision idéologique du logement ?
    Clairement. Pour ceux qui gouvernent, le logement est une marchandise, une manière de faire du profit, alors qu’il devrait être un droit fondamental. Nous sommes dans une logique libérale très poussée, presque du thatchérisme.
    Résultat : le logement social s’autofinance quasiment tout seul. Ce n’est plus l’État qui impulse la production. Ce sont les bailleurs sociaux qui portent l’essentiel de l’effort, alors que ce devrait être une mission publique.

    Quelles seraient, selon vous, les moyens d’action pour sortir de cette crise ?
    Il faut que l’État réinvestisse massivement et reprenne son rôle de protection. En 2024, on est à peine à 85 000 logements sociaux produits, c’est le chiffre le plus bas depuis des décennies. Il faut relancer l’aide à la pierre, reconstruire du logement social et sanctuariser la loi SRU, qui est une loi de progrès social. Certains maires refusent encore de la respecter ; il faut être beaucoup plus exigeant dans son application.

    Certains responsables politiques opposent logement social et immigration.
    Comment analysez-vous cette évolution du débat public ?
    C’est un discours qui détourne le vrai problème. Les étrangers représentent environ 13 % des locataires du parc social, loin des fantasmes entretenus. Aujourd’hui, l’extrême droite transforme un combat social en combat identitaire, en opposant les gens entre eux plutôt qu’en s’attaquant à la pénurie et aux inégalités. Le logement n’est pas une question d’origine, c’est une question de droits et de justice sociale.

    Malgré ce contexte, vous appelez à continuer à défendre une approche sociale du logement.
    Oui, parce que le marché ne résoudra pas la crise. Cela fait dix ans qu’on lui donne toujours plus de place et la situation n’a jamais été aussi dégradée. Il faut assumer une autre voie, fondée sur l’investissement public et le logement social. Nous le disons souvent dans les mobilisations : le HLM n’est pas le problème, c’est une partie essentielle de la solution.

    Dans le Logement et famille de mars, l’actualité Conso.